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Hausse du prix de l’électricité : la face cachée du nucléaire ?

Hausse du prix de l’électricité : la face cachée du nucléaire ?

image : david.nikonvscanon

EDF demande à l’Etat d’augmenter le prix de l’électricité de 30% en 5 ans. Principale raison de cette nouvelle hausse : EDF doit investir dans un parc nucléaire vieillissant, les chantiers du futur EPR et le centre de stockage de déchets à Bure s’avèrent beaucoup plus onéreux que prévu. Alors que le géant de l’électricité française reconnait lui-même que les prix de l’électricité en France sont sous-estimés, France Nature Environnement analyse les coûts réels de l’énergie nucléaire.

Avec sa demande de forte augmentation des tarifs d’électricité en France, EDF admet implicitement que les prix actuels de l’électricité sont en dessous de ses coûts réels. C’est une première. Le mythe de l’électricité nucléaire pas chère s’écroule et illustre la vulnérabilité de notre système énergétique. La question qui se pose désormais est : quel est le coût réel du nucléaire ?

Contrairement aux idées reçues l’énergie nucléaire coûte cher et pour calculer son vrai prix il faut prendre en compte tous ses coûts : recherche et développement, extraction et importation d’uranium, exploitation, entretien, transport par des lignes THT, déchets, sécurité, risques, le démantèlement, l’assurance… Tout cela avec des effets limités sur le marché de l’emploi.


Nucléaire, combien ça coûte ?
• Dès 1999, le rapport de Jean-Michel Charpin, Benjamin Dessus et René Pellat chiffrait le coût pour la recherche et le développement ainsi que pour l’exploitation des centrales françaises entre 418 et 446 milliards d’euros.
• Le coût de construction d’une centrale est aussi démesuré que difficile à estimer. La preuve avec les chantiers EPR en Finlande et à Flamanville qui accusent tous les deux de 2 à 3 ans de retard, avec un prix qui est passé de 3,3 milliards à plus de 5 milliards d’euros pour la centrale de Flamanville. En tout (pour Flamanville et la Finlande) Areva a provisionné 2,6 milliards d’euros à cause des retards. Immobilisations qui s’ajoutent aux 423 millions de pertes d’Areva en 2010.
• Il faut ajouter à cela un coût de démantèlement chiffré à 63 milliards d’euros par la Cour des Comptes (rapport de 2005) qui s’inquiète du manque de provisions financières d’EDF et d’Areva pour couvrir ces dépenses.
• Le combustible, uranium importé essentiellement du Niger – ce qui n’assure ni l’indépendance énergétique, ni la durabilité – coûte également cher. Son coût global a tendance à augmenter – le coût de l’uranium du Niger a doublé en 2008 – à cause de sa raréfaction et des conditions difficiles d’exploitation aggravées par la menace terroriste et les enlèvements des salariés d’Areva.
• A cela s’ajoute le coût de l’entretien qui augmente avec le vieillissement des centrales et qui fait augmenter le coût de l’assurance. C’est la raison pour laquelle la centrale de Fukushima au Japon n’était plus assurée depuis août 2010. Son exploitant, Tepco, ayant jugé le tarif proposé par l’assureur « trop excessif ». Les assureurs rechignent à prendre ce risque seuls et sont obligés de se regrouper pour tenter de le couvrir.
• Le coût du transport par des lignes THT de l’électricité produite par les centrales et les pertes d’énergie pouvant aller de 10 à 20% des capacités énergétiques lors du transport longue distance alourdissent également la facture.
• Le stockage des déchets devra être assuré pendant toute la durée de leur radioactivité (100 000 ans). Aucune solution n’existe actuellement et les tentatives sont extrêmement coûteuses : le prix du centre de stockage profond à Bure est passé de 15 milliards à plus de 35 milliards d’euros en quelques années.
• Restent encore à estimer les coûts des indirects ou externalités négatives : radioactivité, pollutions des sols et de l’eau, risques pour la santé… couverts par l’argent du contribuable. Sans oublier que la facture explose en cas d’accident !
• Pour comparaison : la catastrophe d’AZF a coûté 2 milliards d’euros, le coût purement économique de la catastrophe de Tchernobyl s’élève lui à plus de 500 milliards de euros … alors que EDF est assuré pour tout accident seulement à hauteur de 91 millions d’euros.
• A ce coût économique s’ajoute un coût social qui tend vers l’infini.


D’après les estimations, en prenant en compte uniquement les coûts de recherche et développement, construction, exploitation, réparation, transport de l’électricité et démantèlement, le coût d’un Mwh produit par le nucléaire serait égal à celui de l’éolien terrestre, mais plus cher que la biomasse, l’hydraulique ou les énergies fossiles. En ce qui concerne le marché de l’emploi, l’énergie nucléaire représenterait 100.000 emplois directs et indirects en France.

Pour comparaison : le photovoltaïque seul, c’est 25.000 emplois en France, alors qu’en Allemagne l’éolien, le photovoltaïque et la biomasse représentaient 340.000 emplois en 2009. L’avance prise par l’Allemagne en termes de création d’emplois verts s’explique d’ailleurs en partie par le programme de sortie progressive du nucléaire qui a réorienté les investissements vers les solutions alternatives. Contrairement à cela, en France, l’énergie nucléaire concentre une grande partie des investissements, notamment publics, ce qui siphonne le potentiel des énergies renouvelables.


Pour sortir de l’impasse nucléaire, France Nature Environnement propose un programme sur une quarantaine d’années. Il faut commencer par sortir de l’absurde comme le chauffage électrique, peu efficace et coûteux pour les ménages, puis lancer un plan massif de rénovation des bâtiments et réduire la consommation des appareils électriques. Par ailleurs il faut investir massivement dans les transports collectifs, mais aussi réduire drastiquement la consommation des moteurs des véhicules.

Objectif : diminuer la consommation de l’énergie de 62% en 40 ans. D’après le scénario de Négawatt, ce sont des pistes crédibles et réalisables. Pour atteindre les 23% d’énergies renouvelables d’ici 2020, comme la France s’y est engagée, il est nécessaire de réorienter les investissements vers les énergies renouvelables, toutes les énergies renouvelables : solaire thermique et photovoltaïque, éolien terrestre et off shore, énergies marines, hydraulique, biomasse, et géothermie. Source : France Nature Environnement.

7 réflexions au sujet de « Hausse du prix de l’électricité : la face cachée du nucléaire ? »

  1. je voudrais aussi rappeler à FNE, que dans leur raisonnement ils oublient( volontairement) l’arrêt du développement du rail..!! en effet le rail est le plus gros consommateur d’électricité en France. Or , il est question de faire 1000 km de plus de ligne TGV , ce qui représente la bagatelle de 3 centrales atomique supplémentaire?? alors comment faire, on rouvre les centrales thermiques au charbon?? comme vont faire l’Allemagne, car jamais, je dis bien jamais , on arrivera à autant de force avec les énergies alternatives..
    Pour l’isolation des batiments , bien entendu, encore faut-il obliger les gens de le faire?? car je peux vous dire, expérience à la clef, que c’est pas gagné dans l’esprit des gens?? Donc , on arrête le train, on ne se chauffe plus, ou alors au charbon, les voitures électriques c’est fini, on reprend le hachoir à main, et on s’éclair de nouveau à la bougie…?? est-ce bien raisonnable??

  2. « encore faut-il obliger les gens de le faire?? car je peux vous dire, expérience à la clef, que c’est pas gagné dans l’esprit des gens?? Donc , on arrête le train, on ne se chauffe plus, ou alors au charbon, les voitures électriques c’est fini, on reprend le hachoir à main, et on s’éclair de nouveau à la bougie…?? est-ce bien raisonnable?? »

    La question est intéressante mais elle est inutile. Ce qu’il faut bien se mettre en tête c’est que tous les scénarii amènent au même résultat, sans réaction massive de notre part on arrive a une situation ou un recul massif de nos moyens et possibilités se profile.

    Le vrai souci a mon sens est donc de se rendre vers cette situation volontairement au plus vite pour profiter au plus vite des moyens que nous avons encore avant que l prochaine génération paye le prix fort en se retrouvant dépourvue et sans gros moyen pour lutter face a une crise énergétique prévisible.

    La seule vrai raison du maintien d’un système cancérisé reste a ce jour l’accumulation pour certains de profits qui leur permettront de faire perdurer leur situation de confort un temps plus long que pour le petit consommateur moyen que nous somme.

    A aucun moment (historiquement parlant) la politique économique n’a eu pour but la pérennité du plus grand monde. Il faut peut être se réveiller pour adopter individuellement une attitude peut être égoïste mais utile en adoptant ce genre de mesure proposé pour s’offrir le luxe d’une survie un peu plus confortable en sachant que pour beaucoup pour qui « ce n’est pas gagné » la descente sera plus douloureuse.

    Mais peut être que cette « descente » et les dommages collatéraux qu’elle risque d’engendrer est un mal nécessaire à la diminution des besoins par suppression de leur source ?

  3. Merci pour cet article fort interessant, pourriez vous en deduire un cout au kWh pour comparaison avec les ENR ??? ca serait encore plus parlant.

    merci

  4. Comment faire ?
    Rediriger les sommes astronomiques du budget de la recherche sur l’énergie nucléaire aux Energies renouvelables.
    (Bure : 35 milliards, nucléaire: 400 milliards, …)

    Non, sortir du nucléaire, ce n’est pas un retour en arrière mais seulement un changement de consommation différent pour le même confort.

    Pour exemple, nous avons divisé notre consommation électrique par 3 en 2ans !

    Et pour convaincre les Français, je propose, puisqu’il n’y a que ça qui marche chez nous, un quota électrique en fonction du nombre de personne composant la famille, au dela duquel le cout de l’électricité est 10 fois plus cher ! (A moduler biensur suivant les ressources et si les personnes sont locataires ou propriétaires).

  5. Bonjour,
    désolé je n’ai pas retrouvé de données françaises récentes.

  6. Ping : Grassroots Communication pour la sortie du nucléaire

  7. Le rapport « énergie 2050″ publié il y a peu donne les prix de production des différentes filières de production de l’éclectricité.

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