La France a enfin arbitré pour le classement du thon rouge en annexe 1 à la Cites (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction) en mars prochain, en demandant un délai de mise en œuvre de 18 mois. Réaction de Greenpeace.

18 mois de mise en œuvre, c’est attendre la fin du thon pour agir
Reconnaître que le classement en annexe 1 est nécessaire, c’est admettre l’urgence de la situation et la gravité de la menace qui pèsent sur l’espèce. Rappelons que selon les dernières évaluations scientifiques, il reste moins de 15% de la population de thon rouge en Méditerranée, ce qui est un critère pertinent pour classer l’espèce, selon le comité scientifique de l’Iccat, organisation qui gère la pêche au thon.
Dès lors, demander 18 mois pour la mise en œuvre de la mesure revient à attendre qu’il n’y ait plus de thons rouges pour agir. Cela permet encore deux saisons de pêche et autorise à ponctionner toujours plus l’espèce ! Pourquoi ce délai? Le gouvernement achète ainsi la paix sociale avec les pêcheurs, dans une période d’élections régionales.
Les thoniers senneurs : quand Crésus joue les cosettes
L’annonce du gouvernement, même faible, a provoqué une déferlante de jérémiades du côté des thoniers senneurs, qui crient à l’asphyxie de leur profession. D’abord, il ne faut pas confondre les industriels du thon et les petits pêcheurs. De plus, pour ces industriels, de nombreux subsides, français et européens, ont été généreusement accordés.
150 emplois sur les thoniers senneurs en 2010
La flotte des thoniers senneurs française comptait 28 bateaux en 2009, avec 10 à 15 emplois par bateau. Ces marins sont employés pendant la saison de pêche, pour un mois de l’année en mer.
Le journal le Marin du 8 janvier dernier, le Languedoc Roussillon, où se trouvent les principaux ports d’attache de ces bateaux, recensait seulement 88 marins employés en haute mer sur ces thoniers. Enfin, courant 2010, une douzaine de ces bateaux devrait profiter d’un plan de sortie de flotte de 20 millions d’Euros de fonds européens, pour aller à la casse, afin de réduire la pression sur la ressource.
La manne des subsides publics
Les armateurs de bateaux ont pu cumuler des aides européennes, françaises et régionales jusqu’à 3 millions d’Euros pour financer leurs bateaux, qui coûtent de 5 à 6 millions d’Euros au total. De plus, l’Europe et ses états membres ont consacré en 2009 80 millions d’Euros à la surveillance des bateaux de pêche au large, dans la Méditerranée, afin de vérifier qu’ils ne pêchent pas plus que leur quota.
Le quota de pêche pour la France était en 2009 de 3000 tonnes environ, pour du poisson vendu autour 4 Euros le kilo, cela représenterait donc un chiffre d’affaire de 12 millions d’Euros.
Les pêcheurs artisanaux respectent la ressource, pas les thoniers
La pêche artisanale représente dans ce secteur environ 600 emplois. Ces pêcheurs vivent du thon rouge, mais aussi d’autres espèces. Ils pêchent aujourd’hui une toute petite part du quota de thon rouge (300 tonnes), et doivent pouvoir continuer à pratiquer une pêche durable, sans pillage de la ressource.
L’interdiction du commerce international n’empêche pas la pêche dans les eaux territoriales, en Méditerranée jusqu’ à 20 km des côtes. Les thoniers industriels seront donc touchés, car ils vont pêcher en haute mer pour traquer les poissons restants.
La création d’une zone économique exclusive (ZEE) en Méditerranée, au-delà des eaux territoriales, doit être portée par la France pour la survie des petits pêcheurs. Source : Greenpeace.
